Discours de Thierry Mandon à l'occasion de la réception des lauréats Idex-Isite

Thierry Mandon

Thierry Mandon s'est exprimé lundi 13 mars 2017, à l'occasion de la réception donnée par le Président de la République en l'honneur des lauréats Idex-Isite. 

Discours - 13.03.2017
Thierry Mandon

De ces dernières années d'enseignement supérieur et de recherche, il est une réalité que tout le monde a à l'esprit : la progression très forte du nombre des étudiants accueillis dans nos universités - principalement - nos grandes écoles et écoles d'ingénieurs, l'augmentation entre 2012 et 2016 de 22 000 étudiants, soit l'équivalent de 8 à 10 universités moyennes qui ont dû être absorbés par l'architecture existante.

Cet accroissement est le résultat de plusieurs réalités convergentes.

Le choix d'encourager la poursuite d'études, après le bac d'un plus grand nombre de jeunes hommes et femmes 

  • La STRANES, dont nous avons fait notre les objectifs fixés à 60 %, le pourcentage d'une classe d'âge diplômé de l'enseignement supérieur dans les 10 ans (nous sommes aujourd'hui à 44%) : très concrètement, ce succès nous oblige (d'abord financièrement), tant pour ce qui est des moyens à donner aux établissements pour assumer ce succès - et aux familles, mais aussi pour accompagner socialement cette démocratisation (d'où les 500 millions de bourses supplémentaires).
  • Le succès de nos universités et plus généralement de notre paysage de l'enseignement supérieur français dont on sait que 80 % de ceux qui y accèdent en sortiront diplômés – pas forcément là où ils le pensaient  ce qui pose le problème de l'orientation, pas forcément aussi vite qu'ils le pensaient – ce qui pose le problème du 1er cycle d'étude et dont on connaît aussi la performance  en matière d'insertion professionnelle.
  • Le maintien à un niveau élevé de l'aménagement du territoire universitaire qui permet à de nombreuses familles d'avoir accès à l'enseignement supérieur où que l'on vive sur le territoire. La mise en place des COMUE, de la politique de site et les outils du P.I.A. ayant permis de consolider cette ambition spécifique au paysage de l'enseignement supérieur français. Il faut consolider cette ambition, France Stratégie ayant clairement montré dans une étude combien la facilité d'accès à l'enseignement supérieur était le déterminant numéro 1 de la mobilité sociale.

Une marche vers l'excellence 

Mais, il est une réalité que trop nombreux ignorent : c'est la marche vers l'exigence qualité - on appelle cela l'excellence - de notre système de l'E.S.R. en parallèle de nos efforts menés pour accueillir des étudiants toujours plus nombreux.

L'accueil ce matin des 6 lauréats des P.I.A. en atteste : aux 6 Idex labellisés en 2 fois (juillet 2011 : Bordeaux, Strasbourg et P.S.L., février 2012 : Sorbonne Université, Aix Marseille, Strasbourg), ce sont ajoutés depuis 2012 3 Idex : Nice Grenoble, Lyon et 9 Isite (Lorraine, Bourgogne Franche Comté, Lille, Montpellier, Paris Est, Paris Seine, Nantes, Clermont Ferrand et Pau). Si l'on observe les classements internationaux, ce mouvement vers l'excellence ne se traduit pas encore. Mais la "remontada" est programmée tout au moins dans les plus sérieux d'entre eux.

Devant nous, désormais, un seul objectif : prolonger et diversifier le chemin de cette démocratisation exigeante 

Prolonger, en ne fermant pas la porte à ceux et celles qui n'ont pu faire la totalité du chemin.

De ce point de vue, le Gouvernement souhaite pouvoir demander au jury de bien vouloir réexaminer dès l'année prochaine, les dossiers de Sorbonne Paris Cité et de Toulouse afin de voir si les actions et les évolutions qui y ont été mises en place peuvent justifier un retour à l'éventuelle labellisation.

Prolonger encore, en inscrivant les projets qui doivent faire l'objet d'un réexamen à aller au bout de leurs évolutions ; c'est la condition du succès.  

Prolonger encore en accompagnant les efforts des établissements sur le plan législatif en cherchant à consolider l'autonomie tout en gardant un cadre national compatible avec l'identité du modèle français de l'E.S.R..

En réunissant les 18 équipes lauréates ce matin c'est à la double évolution du nombre d'étudiants et de l'exigence de qualité que vous rendez hommage Monsieur le Président. Monsieur Rapp, rappelait tout à l'heure combien il faut valoriser et faire connaître, en France et à l'étranger cette mutation de notre système de l'enseignement supérieur et de la recherche. Il a absolument raison, cela est vrai pour tous : les établissements eux-mêmes qui doivent parfois être moins pudiques et plus communicants, les administrations et les ministres qui doivent replacer cette transformation trop silencieuse mais puissante au-dessus des quelques grincements qui inévitablement l'accompagnent. 

Diversifier enfin, en donnant aux formes spécifiques de reconnaissance de l'excellence toute leur chance de se déployer : innovation pédagogique, école université de recherche : autant d'occasion de reconnaître d'autres formes et territoires d'excellence.

Un mot enfin pour la qualité d'échanges entre le M.E.N.E.S.R., le jury et le C.G.I.: ces derniers mois nous avons su clarifier ou préciser les points qui faisaient l'objet de questionnement pour la communauté universitaire et de recherche, dans le respect loyal des uns et des autres. C'était, et cela le demeure, essentiel : Il faut de la cohérence.

Félicitations aux équipes ici représentées et à tous ceux qui les compose. Vous avez su bousculer, dépasser, rassembler. Bref vous avez su réformer.

Nous avons ici réuni une assemblée de Sisyphe qui a su, ces dernières années devenir Prométhée en engageant notre E.S.R. plus avant vers l'excellence. Nous vous devons tant.

1ère publication : 13.03.2017
Mise à jour : 14.03.2017